Métiers du digital équestre : CM, graphiste, développeur — le cheval passe au numérique

Professionnelle du marketing digital équestre travaillant sur un ordinateur

Centres équestres qui remplissent leurs stages grâce à Instagram. Selleries en ligne qui génèrent 80 % de leur chiffre d’affaires via leur site e-commerce. Éleveurs qui vendent des yearlings à des acheteurs étrangers depuis une galerie photo optimisée. La filière équine a basculé dans le digital — et avec elle, une nouvelle génération de métiers a émergé. Community manager, graphiste, développeur web : ces profils, encore rares il y a dix ans, sont devenus indispensables pour les professionnels du cheval qui veulent exister en ligne.

Mémo à retenir

Les métiers du digital dans la filière équine combinent compétences numériques (réseaux sociaux, design, code, SEO) et connaissance du monde du cheval. Ils sont exercés en freelance, en agence spécialisée ou en interne. Salaires : de 1 800 € (junior) à 3 500+ € net/mois (confirmé). La double compétence cheval + digital est le véritable avantage concurrentiel.

 

Le digital, nouvelle frontière de la filière équine

La filière équine en France représente environ 15 milliards d’euros de chiffre d’affaires et emploie plus de 180 000 personnes (IFCE). Pourtant, la transition numérique est encore récente dans ce secteur. Les clubs, les éleveurs, les selleries, les vétérinaires et les organisateurs d’événements ont longtemps fonctionné par le bouche-à-oreille et les petites annonces papier. Aujourd’hui, la donne a changé :

  • Instagram et TikTok sont devenus les premières vitrines des centres équestres pour recruter de nouveaux cavaliers.
  • Les sites e-commerce (selleries, compléments alimentaires, équipements) représentent un marché en croissance de 15 à 20 %/an.
  • Les plateformes de mise en relation (Equirodi, Equids, Cheval Annonce) ont remplacé les petites annonces traditionnelles.
  • Le marketing d’influence (cavaliers-influenceurs) est un levier majeur pour les marques équestres.

Ce basculement crée une demande forte pour des profils capables de parler digital et cheval en même temps. C’est là que se situent les opportunités.

Community manager équestre

Le community manager (CM) équestre gère la présence en ligne d’une structure du monde du cheval : centre équestre, sellerie, élevage, marque d’équipement, influenceur ou fédération. Son rôle : créer du contenu, animer les réseaux sociaux, interagir avec la communauté et analyser les performances.

Missions principales

  • Création de contenu (photos, vidéos, stories, reels) pour Instagram, Facebook, TikTok et YouTube
  • Rédaction de posts, légendes et articles de blog
  • Planification et programmation du calendrier éditorial
  • Gestion des commentaires, messages privés et avis clients
  • Reporting mensuel (portée, engagement, conversions)
  • Veille concurrentielle et tendances du secteur équestre

Compétences clés

Au-delà des compétences classiques de CM (rédaction, outils de planification, analytics), le CM équestre doit connaître le vocabulaire du cheval (ne pas confondre un oxer et un spa, savoir ce qu’est un yearling, distinguer un Selle Français d’un Anglo-Arabe) et comprendre les saisons du secteur (saison de concours, période de poulinage, rentrée des reprises). Un CM qui ne monte pas à cheval peut réussir — mais un CM cavalier sera toujours plus crédible et plus efficace.

Community manager équestre créant du contenu photo dans une écurie avec un smartphone
Le CM équestre crée du contenu directement à l’écurie : photos, vidéos, stories — le smartphone est devenu l’outil n°1.

Graphiste et directeur artistique équestre

Le graphiste équestre conçoit l’identité visuelle et les supports de communication des acteurs de la filière : logos, chartes graphiques, affiches de concours, catalogues d’élevage, packaging de produits, visuels pour réseaux sociaux et supports print (flyers, banderoles, programmes).

Missions principales

  • Création de logos et d’identités visuelles pour haras, clubs, marques
  • Design de supports print : affiches de concours, catalogues de vente, plaquettes
  • Création de visuels pour le web : bannières, posts réseaux sociaux, newsletters
  • Direction artistique de shootings photo (en collaboration avec le photographe équestre)
  • Packaging et étiquetage de produits équins (compléments, soins, alimentation)

Outils et compétences

Maîtrise de la suite Adobe (Photoshop, Illustrator, InDesign), de Figma pour le web design, et de Canva Pro pour les livrables rapides. La connaissance de l’univers équestre permet de proposer des visuels cohérents avec les codes du secteur : couleurs terre, typographies élégantes, imagerie mettant en valeur le cheval et le cavalier.

Développeur web et webmaster équestre

Le développeur web équestre conçoit et maintient les sites internet des professionnels du cheval : sites vitrine de clubs et d’élevages, boutiques e-commerce de selleries, plateformes de réservation de cours ou de stages, et outils métier (gestion de pension, suivi vétérinaire en ligne).

Missions principales

  • Création de sites vitrine et e-commerce (WordPress/WooCommerce, Shopify, Prestashop)
  • Intégration de systèmes de réservation en ligne (cours, stages, balades)
  • Optimisation SEO technique (vitesse, structure, données structurées)
  • Prêt à faire de votre passion un métier ?

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  • Maintenance, mises à jour de sécurité et sauvegardes
  • Développement d’applications métier sur mesure (gestion d’écurie, carnet de santé digital)

Compétences techniques

HTML/CSS, JavaScript, PHP (WordPress), et idéalement un framework front-end (React, Vue.js). La connaissance du SEO est un atout majeur dans un secteur où la concurrence en ligne s’intensifie. Un développeur qui comprend les besoins spécifiques d’un centre équestre (gestion des reprises, affichage des disponibilités, mise en avant des enseignants) produira un site infiniment plus efficace qu’un développeur généraliste.

Autres métiers du digital équestre

Au-delà des trois profils principaux, d’autres métiers du numérique trouvent leur place dans la filière :

Métier Rôle dans la filière équine Salaire indicatif
Vidéaste / monteur Captation de concours, clips promo, reels, visites virtuelles d’écuries 1 800 – 3 000 € net/mois
Rédacteur web / SEO Articles de blog, fiches produits, contenus éditoriaux pour selleries et médias équins 1 600 – 2 800 € net/mois
Social media manager Stratégie globale réseaux sociaux, campagnes sponsorisées, partenariats influenceurs 2 200 – 3 500 € net/mois
UX/UI designer Design d’applications équestres (suivi d’entraînement, gestion de pension, marketplace) 2 500 – 4 000 € net/mois
Chef de projet digital Coordination de projets web, refonte de site, lancement e-commerce 2 800 – 4 500 € net/mois

Formation et salaire : le comparatif des 3 métiers principaux

Critère Community manager Graphiste Développeur web
Formation recommandée BTS Communication, Licence Marketing digital BTS Design graphique, DN MADE, école d’art BTS SIO, BUT Informatique, école du web (42, Le Wagon)
Niveau d’études Bac+2 à Bac+5 Bac+2 à Bac+5 Bac+2 à Bac+5 (ou autodidacte)
Salaire junior (0-2 ans) 1 600 – 2 200 € net/mois 1 600 – 2 200 € net/mois 2 000 – 2 800 € net/mois
Salaire confirmé (3-5 ans) 2 200 – 3 200 € net/mois 2 400 – 3 500 € net/mois 3 000 – 4 500 € net/mois
Statut le plus courant Freelance ou salarié en agence Freelance ou studio Freelance, agence web ou salarié
Avantage concurrentiel « cheval » Très fort (le vocabulaire et la saisonnalité sont essentiels) Fort (codes visuels du secteur) Modéré (mais crucial pour les outils métier)

Rencontre avec Camille Dubreuil, directrice de l’agence Galop Digital

Camille Dubreuil, 34 ans, a fondé Galop Digital il y a cinq ans. Son agence, basée à Caen, accompagne exclusivement des acteurs de la filière équine : selleries en ligne, centres équestres, élevages de sport et marques d’équipement. Cavalière depuis l’âge de 8 ans et diplômée d’une école de commerce spécialisée en marketing digital, elle a identifié très tôt le retard numérique du secteur.

Pourquoi avoir choisi de se spécialiser dans l’équestre ?

« Quand j’ai commencé dans le digital, je travaillais pour une agence généraliste à Paris. On faisait du e-commerce alimentaire, de la mode, du tourisme. Et le week-end, j’allais à mon club d’équitation — qui n’avait même pas de site web. Son compte Instagram avait 40 abonnés, des photos floues prises avec un vieux téléphone. Je me suis dit : tout le secteur est comme ça. Il y a un océan bleu. J’ai quitté Paris, je suis revenue en Normandie et j’ai lancé Galop Digital en me disant que si j’arrivais à prouver le ROI du digital à un éleveur normand de 60 ans, j’aurais gagné. »

Quels profils recrutez-vous ?

« Aujourd’hui on est sept. Trois CM, un graphiste, un développeur, une rédactrice SEO et moi. Le profil idéal, c’est quelqu’un qui a une vraie formation digitale — BTS, licence, école spécialisée — ET qui connaît le monde du cheval. Pas forcément un cavalier de haut niveau, mais quelqu’un qui sait ce qu’est une reprise, qui distingue un pansage d’un parage. On a essayé de former des profils « pure digital » au vocabulaire équestre, ça marche, mais c’est beaucoup plus long. Le candidat qui arrive avec les deux compétences a trois mois d’avance. »

Quels sont les besoins les plus courants de vos clients ?

« Le premier besoin, c’est Instagram. 70 % de nos clients viennent nous voir parce qu’ils voient que leurs concurrents cartonnent sur les réseaux et qu’eux stagnent. Le deuxième, c’est le site web — soit ils n’en ont pas, soit il a été fait en 2012 et il n’est pas responsive. Et le troisième besoin en forte croissance, c’est le e-commerce. Les selleries physiques qui veulent se lancer en ligne, les marques de compléments alimentaires qui veulent vendre en direct. Le chiffre d’affaires e-commerce de nos clients a augmenté de 40 % en moyenne sur les deux dernières années. »

Un conseil pour quelqu’un qui veut se lancer dans le digital équestre ?

« Spécialisez-vous. Ne soyez pas « CM freelance qui fait aussi de l’équestre ». Soyez LE community manager du monde du cheval dans votre région. Montez à cheval, allez aux concours, connaissez les éleveurs, les entraîneurs, les selliers. Créez votre propre contenu équestre en parallèle pour montrer que vous maîtrisez le sujet. Et surtout, mesurez le ROI de ce que vous faites : un club qui gagne 20 inscriptions grâce à une campagne Instagram, c’est la meilleure carte de visite possible. »

Équipe d'une agence digitale spécialisée équestre en réunion devant un écran avec un site de sellerie
Les agences digitales spécialisées dans l’équestre combinent expertise marketing et connaissance approfondie de la filière.

Vidéo : optimiser sa communication digitale dans le monde équestre

La FFE (Fédération Française d’Équitation) propose cette visioconférence complète sur l’optimisation de la communication en ligne pour les structures équestres : référencement, réseaux sociaux, outils gratuits et bonnes pratiques. Un contenu essentiel pour comprendre les enjeux du digital dans la filière.

Questions fréquentes sur les métiers du digital équestre

Comment devenir community manager dans le monde du cheval ?

Suivez une formation en communication digitale (BTS Communication, Licence Marketing digital) et développez en parallèle une connaissance du monde équestre. Créez votre propre contenu équestre sur Instagram pour constituer un portfolio. Le statut freelance (auto-entrepreneur) est le plus courant pour débuter, avec des premiers clients trouvés dans votre réseau équestre local.

Quel est le salaire d’un community manager équestre ?

En junior (0-2 ans), comptez 1 600 à 2 200 € net/mois en salarié ou un TJM de 200-350 € en freelance. Après 3-5 ans d’expérience, le salaire atteint 2 200 à 3 200 € net/mois. Les CM freelance spécialisés avec un bon portefeuille clients peuvent dépasser 3 500 € net mensuels.

Faut-il monter à cheval pour travailler dans le digital équestre ?

Ce n’est pas obligatoire, mais c’est un avantage considérable. Un CM ou un graphiste qui connaît le vocabulaire équestre, les disciplines, les saisons et les codes du milieu sera beaucoup plus efficace et crédible. Être cavalier — même à niveau modeste — facilite l’intégration et la compréhension des besoins clients.

Quels sont les clients types d’un freelance digital équestre ?

Centres équestres (communication réseaux sociaux, site vitrine), selleries en ligne (e-commerce, SEO), élevages (photos, galeries de vente), marques d’équipement (branding, influence), organisateurs de concours (événementiel digital), et médias spécialisés (rédaction web, vidéo).

Peut-on vivre du digital équestre en freelance ?

Oui, à condition de se spécialiser et de diversifier ses clients. Un CM freelance qui gère 4-6 comptes équestres en parallèle (à 500-800 €/mois chacun) peut générer un revenu confortable. La clé est de combiner plusieurs types de prestations (CM + rédaction SEO + conseil) et de s’imposer comme la référence dans sa zone géographique.

Sources

Equiressources
Fédération Française d’Équitation

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