Jockey : dans la peau du cavalier le plus léger et le plus rapide du monde

Jockey de plat en casaque bleue et jaune marchant vers les stalles de départ

4h30 du matin, le réveil sonne. Dehors il fait encore nuit. À 5h, le jockey est déjà en selle sur son premier lot, au galop dans la brume des pistes d’entraînement de Chantilly ou de Maisons-Laffitte. Il en montera huit, dix, parfois douze avant midi. L’après-midi, direction l’hippodrome pour deux ou trois courses — 1 600 mètres parcourus à 60 km/h, les genoux à hauteur de poitrine, sur un pur-sang de 500 kg qu’il connaît parfois depuis moins d’une heure. Le jockey est l’athlète le plus méconnu du sport français — et peut-être le plus exigeant.

Mémo à retenir

Le jockey monte des chevaux de course en compétition (plat, obstacle ou trot monté). La formation se fait à l’AFASEC dès 14 ans (CAPA lad-jockey). Taille maximale : 1,70 m, poids en course : 52 à 60 kg (selle et équipement compris). Le salaire varie de 1 500 € (apprenti) à 10 000 €+ net/mois (jockey de premier plan), composé d’un fixe et d’un pourcentage sur les gains.

Qu’est-ce qu’un jockey ?

Le jockey est un cavalier professionnel spécialisé dans les courses hippiques. Son rôle : monter un cheval en compétition selon les instructions de l’entraîneur, placer le cheval tactiquement dans la course et le pousser au maximum dans la dernière ligne droite. En France, le métier est encadré par France Galop (galop : plat et obstacle) et Le Trot (trot monté).

Il existe trois spécialités principales :

  • Jockey de plat — Courses sur terrain plat, distances de 1 000 à 4 000 m. Le poids est déterminant : le jockey monte en position « en avant » (étriers très courts, corps penché sur l’encolure). Taille et poids sont les critères les plus contraignants.
  • Jockey d’obstacle — Courses de haies et de steeple-chase (3 000 à 6 500 m). Plus de risques physiques (chutes), poids autorisé légèrement supérieur. La lecture du terrain et la gestion des obstacles sont essentielles.
  • Jockey de trot monté — Courses au trot (pas au galop), où le jockey monte à califourchon comme en plat. Moins médiatisé, mais une discipline à part entière avec ses codes et son circuit.

Le jockey ne doit pas être confondu avec le cavalier professionnel de sport équestre (CSO, dressage), qui évolue dans un univers radicalement différent — celui des concours, pas des hippodromes.

Le quotidien d’un jockey

L’entraînement matinal : les « lots »

Chaque matin, le jockey monte les chevaux d’entraînement de son écurie ou de plusieurs entraîneurs. On parle de « lots » — groupes de chevaux qui sortent ensemble sur les pistes. Un jockey d’écurie (lad-jockey) monte 6 à 10 chevaux par matinée. Un jockey de course, plus sélectif, se concentre sur les chevaux qu’il pilotera en compétition. Le travail du matin est essentiel pour connaître chaque cheval : son allure, ses réactions, son comportement en groupe.

La course : 2 minutes d’intensité maximale

Une course de galop dure entre 1 et 4 minutes. Derrière cette brièveté se cachent des heures de préparation : étude du terrain, analyse des partants, briefing avec l’entraîneur, échauffement du cheval. Pendant la course, le jockey combine force physique (maintien de la position, poussée dans la dernière ligne droite), intelligence tactique (placement dans le peloton, choix de la corde ou de l’extérieur) et instinct (sentir le cheval, choisir le moment du rush final).

Jockey en pleine course de plat sur un hippodrome
En course de plat : position « en avant », corps collé à l’encolure, les mains en contact avec la bouche du cheval.

La gestion du poids : la contrainte permanente

C’est la face sombre du métier. En plat, le poids porté par le cheval (jockey + selle + équipement) est fixé par le handicap de la course — souvent entre 52 et 60 kg. Pour un homme de 1,65 m, cela signifie maintenir un poids de corps autour de 50-54 kg, année après année. Les jockeys utilisent le sauna, les vêtements de sudation, le régime strict et parfois le jeûne avant les courses. Cette pression constante est la cause principale d’abandons de carrière.

Taille, poids et condition physique du jockey

Les contraintes morphologiques sont les plus sévères de tout le sport professionnel :

Critère Plat Obstacle
Taille maximale recommandée 1,65 – 1,68 m 1,70 – 1,75 m
Poids en course (jockey + selle) 50 – 58 kg 62 – 72 kg
Poids de corps visé 48 – 54 kg 58 – 66 kg
Risque physique principal Troubles alimentaires, déshydratation Chutes, fractures, traumatismes crâniens

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Au-delà du poids, le jockey doit être un athlète complet : gainage, cardio, réflexes, souplesse. Beaucoup s’entraînent en salle (vélo, rameur, musculation légère) et suivent un programme nutritionnel encadré. L’Association des Jockeys met à disposition des diététiciens et des coaches sportifs pour limiter les pratiques dangereuses de perte de poids.

Comment devenir jockey ? La formation AFASEC

Le parcours est très encadré. L’AFASEC (Association de Formation et d’Action Sociale des Écuries de Courses) gère les écoles de jockeys en France, avec des centres à Gouvieux (Chantilly), Graignes (Normandie) et Mont-de-Marsan (Sud-Ouest).

Formation Âge d’entrée Durée Diplôme
CAPA Lad-cavalier d’entraînement Dès 14 ans (3e) 2 ans (alternance) CAPA (niveau CAP)
Bac Pro CGEH option courses Après la 3e 3 ans Bac professionnel
Licence d’apprenti jockey 16 ans minimum Jusqu’à 75-85 victoires Délivrée par France Galop
Passage jockey confirmé Après 75-85 victoires Licence jockey France Galop

Le cursus commence tôt : la plupart des jockeys intègrent l’école de l’AFASEC dès 14 ans, en combinant formation scolaire et apprentissage en écurie d’entraînement. L’apprenti jockey (lad-jockey) monte à l’entraînement le matin et suit les cours l’après-midi. Après l’obtention du CAPA, il peut passer sa licence d’apprenti jockey auprès de France Galop et commencer à courir. Il perd le statut d’apprenti (et l’avantage de poids qui l’accompagne) après 75 à 85 victoires, selon la spécialité.

Jockey : salaire et rémunération

La rémunération du jockey est composite — et très variable :

Source de revenu Montant
Fixe par monte (non gagnante) 30 – 50 € par course
Pourcentage sur les gains (1re place) ~7 % de l’allocation
Pourcentage sur les gains (places 2-5) ~5 % de l’allocation
Revenu net annuel (apprenti) 15 000 – 25 000 €
Revenu net annuel (jockey actif, 500+ courses/an) 40 000 – 80 000 €
Revenu net annuel (jockey de premier plan) 120 000 – 500 000+ €

Le système est brutal : un jockey qui ne gagne pas touche très peu. C’est le nombre de montes et le taux de victoires qui font la différence. Les jockeys de premier plan (Soumillon, Boudot, Guyon) cumulent 800 à 1 200 courses par an et remportent les Grands Prix, où les allocations se chiffrent en centaines de milliers d’euros. À l’autre extrémité, des centaines d’apprentis luttent pour décrocher suffisamment de montes pour vivre du métier.

Rencontre avec Maxime, jockey de plat à Chantilly

Maxime Delvalle, 26 ans, est jockey de plat depuis sept ans. Formé à l’AFASEC de Gouvieux, il a obtenu sa licence à 16 ans et a passé le cap des 85 victoires à 21 ans. Basé à Chantilly, il court en moyenne 600 courses par an, entre la province et les réunions parisiennes.

À quoi ressemble une journée type ?

« Réveil à 4h30. Je suis sur le premier lot à 5h15. Le matin, je monte entre huit et dix chevaux pour deux entraîneurs différents. C’est physique, il fait souvent froid, mais c’est ce qui me permet de connaître les chevaux. L’après-midi, je file à l’hippodrome — Longchamp, Chantilly, Deauville, parfois en province. Pesée, reconnaissance du terrain, briefing avec l’entraîneur, course, re-pesée. Je rentre rarement avant 20h. »

Le poids, c’est vraiment aussi dur qu’on le dit ?

« C’est le combat de chaque jour. Je fais 1,63 m pour 52 kg, et parfois on me demande de monter à 51. Ça veut dire sauna la veille, pas de dîner, et courir le lendemain matin avec un ventre vide. Tu apprends à vivre avec la faim. Mais aujourd’hui, on est mieux encadrés qu’avant : j’ai un diététicien, un coach, et France Galop surveille de près les abus. La vieille époque où les jockeys se faisaient vomir entre deux courses, c’est terminé — ou en tout cas, c’est devenu très mal vu. »

Quel moment de course te fait vibrer ?

« Les 200 derniers mètres quand tu sens que ton cheval a encore du jus. Tu pousses, tu cries, tu donnes tout, et le cheval répond. L’année dernière, j’ai gagné un Listed à Deauville de justesse, d’un nez. En passant le poteau, j’ai hurlé. Je ne savais même pas si j’avais gagné, c’est le photo-finish qui a confirmé. Ces moments-là, ça efface des mois de sauna et de frustration. »

Un conseil pour un gamin qui rêve de devenir jockey ?

« Vérifie ta taille et ton poids d’abord — c’est cruel, mais c’est la réalité. Si tu mesures plus d’1,70 m, le plat sera très compliqué. Ensuite, intègre l’AFASEC le plus tôt possible, à 14 ans si tu peux. Et surtout, prépare-toi mentalement : ce métier, c’est 95 % de sacrifices pour 5 % de magie absolue. Si ces 5 % valent tout le reste pour toi, alors fonce. »

L’après-carrière : quelles reconversions ?

La carrière d’un jockey est courte — la plupart arrêtent entre 30 et 40 ans, usés par le poids, les blessures et l’exigence physique. Plusieurs voies de reconversion existent :

  • Entraîneur de galop — La suite logique pour les jockeys les plus expérimentés. Beaucoup d’entraîneurs emblématiques sont d’anciens jockeys (Yves Saint-Martin, Jean-Pierre Dubois).
  • Cavalier d’entraînement / premier garçon — Rester dans l’écurie, monter à l’entraînement sans les contraintes de la compétition.
  • Palefrenier, responsable d’écurie — Gestion d’une écurie de courses : alimentation, soins, organisation des lots.
  • Commentateur, consultant courses — Pour les jockeys les plus médiatiques, la reconversion vers les médias (Equidia, PMU) est une option.

L’Association des Jockeys propose des dispositifs d’accompagnement à la reconversion, incluant le bilan de compétences et le financement de formations. Retrouvez tous les métiers du cheval pour explorer d’autres carrières de la filière.

Jockeys à l'entraînement matinal au galop sur une piste de Chantilly
L’entraînement matinal sur les pistes de Chantilly : les jockeys montent les « lots » avant l’aube.

Vidéo : Jean-Pierre Dubois, une vie dans les courses

Dans ce grand entretien sur Equidia, Jean-Pierre Dubois — légende des courses françaises — retrace son parcours depuis ses débuts de jockey à 13 ans jusqu’à sa carrière d’entraîneur et d’éleveur. Un témoignage rare sur la réalité du métier, les sacrifices et la passion qui anime ceux qui vivent pour les courses.

Questions fréquentes sur le métier de jockey

Quel est le salaire d’un jockey ?

Un apprenti jockey gagne entre 15 000 et 25 000 € net par an. Un jockey actif (500+ courses/an) atteint 40 000 à 80 000 €. Les jockeys de premier plan (grands prix, palmarès international) dépassent 120 000 € et peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros annuels, grâce au pourcentage sur les gains (~7 % des allocations en cas de victoire).

Comment devenir jockey ?

Le parcours classique : intégrer une école de l’AFASEC dès 14 ans, obtenir le CAPA Lad-cavalier d’entraînement en 2 ans, puis passer la licence d’apprenti jockey délivrée par France Galop à partir de 16 ans. Après 75 à 85 victoires, l’apprenti devient jockey confirmé.

Quelle taille et quel poids faut-il pour être jockey ?

En plat, la taille recommandée est inférieure à 1,68 m et le poids de corps idéal se situe entre 48 et 54 kg. En obstacle, les contraintes sont légèrement moindres : jusqu’à 1,75 m de taille et 58 à 66 kg. Le poids est le critère le plus contraignant du métier.

Pourquoi les jockeys sont-ils petits ?

Chaque course impose un « poids à porter » (jockey + selle + équipement). En plat, ce poids descend parfois à 52 kg. Seuls des cavaliers de petite taille et de faible corpulence peuvent atteindre ce poids tout en conservant la force nécessaire pour piloter un pur-sang de 500 kg au galop.

Qui paie les jockeys ?

Le jockey perçoit un forfait fixe par monte (30-50 €), payé par l’entraîneur ou le propriétaire. En cas de place (top 5), il touche un pourcentage des allocations de course (5 à 7 % selon le classement). C’est France Galop qui gère la répartition des gains. Le jockey d’écurie (salarié) perçoit en plus un salaire mensuel fixe.

Sources

France Galop
AFASEC
Association des Jockeys
Le Trot

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