Équithérapeute : quand le cheval devient partenaire de soin

Séance d'équithérapie : un enfant touche le museau d'un poney accompagné de l'équithérapeute

Un enfant autiste qui prononce ses premiers mots au contact d’un poney. Un adolescent en décrochage scolaire qui retrouve confiance en brossant un cheval. Un adulte en burn-out qui relâche enfin ses tensions en marchant à côté d’une jument. Ce n’est ni de la magie ni du folklore : c’est le travail quotidien de l’équithérapeute, un professionnel du soin qui utilise la relation avec le cheval comme levier thérapeutique.

Mémo à retenir

L’équithérapeute utilise le cheval comme médiateur thérapeutique pour accompagner des personnes en difficulté (handicap, troubles psychiques, exclusion sociale). Il faut une double compétence : soignante (psychologue, infirmier, éducateur…) et équestre. Les formations durent de 1 à 3 ans. Une séance coûte entre 40 et 80 €. Le salaire se situe entre 1 600 et 2 800 € net/mois.

Qu’est-ce qu’un équithérapeute ?

L’équithérapeute — aussi appelé thérapeute avec le cheval ou praticien en équithérapie — est un professionnel du soin qui utilise la présence, le mouvement et la relation avec le cheval pour répondre à des objectifs thérapeutiques définis. Il ne s’agit pas de cours d’équitation adaptée : l’équithérapie est une démarche de soin à part entière, encadrée par un projet thérapeutique individualisé.

Ce qui distingue l’équithérapeute des autres professionnels du cheval, c’est sa double formation. Il est d’abord un professionnel du soin (psychologue, psychomotricien, éducateur spécialisé, infirmier, kinésithérapeute…) qui se spécialise ensuite dans la médiation équine. Sans cette base soignante, pas d’équithérapie au sens strict — seulement de l’animation ou de l’équitation adaptée.

L’équithérapie ne doit pas être confondue avec l’hippothérapie (rééducation par le mouvement du cheval, surtout en kinésithérapie) ni avec l’équitation adaptée (pratique sportive pour personnes en situation de handicap). L’équithérapeute travaille en complémentarité avec le vétérinaire équin pour s’assurer du bien-être des chevaux médiateurs.

Pourquoi le cheval en thérapie ?

Le cheval possède des qualités uniques qui en font un partenaire thérapeutique exceptionnel :

  • Miroir émotionnel — Le cheval réagit en temps réel aux émotions de la personne : tension, peur, colère, apaisement. Il offre un feedback immédiat, non verbal et sans jugement. Un patient agressif verra le cheval reculer ; un patient apaisé le verra baisser la tête et se rapprocher.
  • Portage et mouvement — Le pas du cheval reproduit un schéma de mouvement proche de la marche humaine (bassin, colonne vertébrale). Monter à cheval stimule la proprioception, l’équilibre et le tonus musculaire chez les patients en situation de handicap moteur.
  • Relation non verbale — Le cheval ne parle pas, ne juge pas, ne manipule pas. Pour les personnes en rupture de communication (autisme, troubles du langage, phobie sociale), cette relation silencieuse est libératrice.
  • Cadre structurant — Les soins au cheval (brossage, nourriture, préparation) imposent un cadre, des gestes précis, une routine. Ce cadre aide les personnes désorganisées ou en perte de repères à se restructurer.

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Comment se déroule une séance d’équithérapie ?

Le bilan initial

Avant toute séance, l’équithérapeute réalise un bilan pluridisciplinaire avec le patient (ou ses représentants légaux) et l’équipe soignante. Il définit les objectifs thérapeutiques : améliorer la communication, travailler la motricité fine, gérer les émotions, renforcer l’estime de soi. Ce bilan conditionne le choix du cheval médiateur, le type d’exercices et la fréquence des séances.

Pendant la séance

Une séance dure entre 45 minutes et 1h30. Elle ne se limite pas à monter à cheval. L’équithérapeute propose un enchaînement d’activités adaptées : approche et observation du cheval au pré, pansage (brossage, curage des pieds), travail à pied (mener le cheval en longe), et éventuellement monte en fonction des objectifs. Chaque geste est pensé comme un support thérapeutique.

Séance d'équithérapie : un enfant brosse un poney accompagné de l'équithérapeute
Le pansage, moment clé de la séance : le contact physique avec le cheval favorise l’apaisement et la concentration.

Le suivi et l’évaluation

L’équithérapeute rédige un compte rendu après chaque séance, note les réactions du patient et du cheval, et ajuste le projet thérapeutique. Il communique régulièrement avec l’équipe soignante (psychiatre, éducateur, famille). Les prises en charge durent généralement plusieurs mois à plusieurs années, à raison d’une séance hebdomadaire ou bimensuelle.

Qui peut bénéficier de l’équithérapie ?

Le spectre des publics est très large. L’équithérapie s’adresse à toute personne pour laquelle la relation avec le cheval peut constituer un levier de soin :

  • Handicap moteur et polyhandicap — Rééducation posturale, stimulation sensorielle, coordination motrice.
  • Troubles du spectre autistique (TSA) — Communication non verbale, régulation sensorielle, socialisation.
  • Troubles psychiques — Dépression, anxiété, phobies, troubles alimentaires, burn-out.
  • Difficultés d’apprentissage et décrochage scolaire — Concentration, estime de soi, gestion de la frustration.
  • Addictions et réinsertion sociale — Cadre structurant, responsabilisation, reconstruction du lien social.
  • Personnes âgées — Stimulation cognitive, lien social, maintien de la mobilité.

Comment devenir équithérapeute ? Les formations

Le métier n’est pas réglementé par un diplôme d’État en France. En revanche, les principales fédérations (SFE, FENTAC) exigent un prérequis de formation soignante ou éducative avant d’accéder à la spécialisation en équithérapie.

Formation Organisme Durée Coût estimé
Certificat d’équithérapeute (IFEq) Institut de Formation en Équithérapie 2 ans (600h) 6 000 – 8 000 €
Formation SFE Société Française d’Équithérapie 1 à 2 ans 4 000 – 7 000 €
Formation FENTAC Fédération Nationale des Thérapies avec le Cheval 2 à 3 ans 5 000 – 9 000 €
DU Médiation animale (incluant équin) Universités (Clermont-Ferrand, Paris…) 1 an 2 000 – 4 000 €

Le prérequis commun : être déjà diplômé dans un métier du soin, de l’éducation ou du social (psychologue, infirmier, éducateur spécialisé, psychomotricien, kinésithérapeute, ergothérapeute…). Un niveau équestre minimum (galop 5-6) est également exigé. Les formations sont finançables par le CPF ou par l’employeur dans le cadre de la formation continue.

Équithérapeute : salaire et tarifs

Indicateur Montant
Séance individuelle (1h) 50 – 80 €
Séance collective (petits groupes, 1h30) 30 – 50 € / personne
Convention avec établissement (IME, hôpital, EHPAD) 40 – 70 € / séance
Revenu net mensuel (salarié, temps plein) 1 600 – 2 200 €
Revenu net mensuel (libéral, clientèle établie) 2 000 – 2 800 €

L’équithérapie n’est pas remboursée par la Sécurité sociale. Certaines mutuelles, MDPH ou institutions prennent en charge tout ou partie des séances. Les équithérapeutes en libéral doivent aussi supporter les frais d’entretien des chevaux (hébergement, alimentation, soins vétérinaires, maréchalerie), ce qui pèse significativement sur la rentabilité.

Rencontre avec Claire, équithérapeute en Normandie

Claire Lefèvre exerce comme équithérapeute depuis huit ans dans le Calvados. Psychomotricienne de formation, cavalière depuis l’enfance, elle a créé sa propre structure après sa spécialisation à l’IFEq. Elle accueille chaque semaine une trentaine de patients — enfants, adolescents et adultes — avec ses quatre chevaux et deux poneys.

Comment décririez-vous votre métier en une phrase ?

« Je suis une traductrice. Je traduis ce que le cheval perçoit du patient, et ce que le patient vit au contact du cheval. Mon rôle, c’est de créer les conditions pour que cette rencontre devienne thérapeutique. »

Quel moment vous a le plus marquée dans votre carrière ?

« Un garçon de 9 ans, autiste non verbal, qui venait depuis six mois sans prononcer un mot. Un matin, en brossant Galopin — un petit connemara très patient —, il a dit « doux ». Juste « doux ». Sa mère, qui attendait dehors, a pleuré. Moi aussi. Ce genre de moment, ça vaut toutes les reconversions du monde. »

Qu’est-ce qui vous surprend encore après huit ans ?

« La justesse du cheval. Un de mes chevaux, Olympe, refuse systématiquement d’avancer quand le patient est en conflit intérieur. Elle s’arrête net. C’est parfois déroutant, mais c’est un signal clinique incroyable. Aucun outil humain n’offre cette précision. »

Un conseil pour ceux qui veulent se lancer ?

« Ayez d’abord un vrai métier soignant — psychomotricien, psychologue, éducateur. L’équithérapie n’est pas un raccourci pour travailler avec des chevaux. C’est un soin, et un soin, ça demande des compétences cliniques solides. Ensuite, formez-vous sérieusement : IFEq, SFE, FENTAC. Et surtout, ne négligez jamais le bien-être de vos chevaux. Ils sont vos partenaires, pas vos outils. »

Où exerce un équithérapeute ?

L’équithérapeute peut exercer dans des cadres très variés :

  • En libéral, dans sa propre structure (écurie, ferme pédagogique) avec ses propres chevaux. C’est le modèle le plus courant mais aussi le plus coûteux à mettre en place.
  • En institution, comme salarié ou prestataire d’un centre médico-social (IME, ESAT, hôpital psychiatrique, EHPAD). Le cheval est alors soit hébergé sur place, soit l’institution contractualise avec un centre équestre voisin.
  • En itinérance, en se déplaçant dans des centres équestres partenaires pour y mener ses séances. Ce modèle réduit les charges fixes mais impose une logistique de déplacement.
Équithérapeute accompagnant un patient lors d'une séance en extérieur avec un cheval
Séance en plein air : l’environnement naturel renforce les bienfaits de la médiation équine.

La demande est en forte croissance, portée par la reconnaissance progressive de l’équithérapie dans le secteur médico-social et par l’intérêt grandissant des familles. Découvrez tous les métiers du cheval pour explorer d’autres carrières de la filière.

Vidéo : les thérapies avec le cheval

Brigitte Martin, psychomotricienne et co-présidente de la FENTAC (Fédération Nationale des Thérapies avec le Cheval), explique comment le cheval devient un allié thérapeutique pour des patients souffrant de handicaps, troubles du comportement ou difficultés psychologiques.

Questions fréquentes sur l’équithérapeute

Quelles études pour devenir équithérapeute ?

Il faut d’abord obtenir un diplôme dans un métier du soin ou de l’éducation (psychologue, psychomotricien, éducateur spécialisé, infirmier…). Ensuite, une formation spécialisée en équithérapie (IFEq, SFE, FENTAC) d’1 à 3 ans complète le parcours. Un niveau équestre galop 5-6 minimum est requis.

Quel est le salaire d’un équithérapeute ?

En tant que salarié d’une institution médico-sociale, le salaire se situe entre 1 600 et 2 200 € net/mois. En libéral avec une clientèle établie, les revenus atteignent 2 000 à 2 800 € net/mois, mais les charges liées aux chevaux sont importantes.

Combien coûte une séance d’équithérapie ?

Une séance individuelle d’environ 1h coûte entre 50 et 80 €. Les séances collectives sont facturées de 30 à 50 € par personne. L’équithérapie n’est pas remboursée par la Sécurité sociale, mais certaines mutuelles et la MDPH peuvent participer au financement.

Qui peut bénéficier de l’équithérapie ?

L’équithérapie s’adresse à un public très large : personnes en situation de handicap moteur ou mental, enfants autistes, adolescents en difficulté scolaire ou comportementale, adultes souffrant de dépression, anxiété, burn-out, personnes âgées en perte d’autonomie, et personnes en situation d’addiction ou de réinsertion.

Quelle est la différence entre équithérapie et hippothérapie ?

L’équithérapie est une démarche de soin psychique ou psychomoteur utilisant la relation au cheval comme médiateur. L’hippothérapie est une rééducation fonctionnelle (motrice) par le mouvement du cheval, pratiquée essentiellement par des kinésithérapeutes. L’équitation adaptée, elle, est une pratique sportive pour personnes handicapées.

Sources

Institut de Formation en Équithérapie (IFEq) ·

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